Conscience du pied dans les postures

Un ami méconnu qui nous veut

du bien, le pied.

Bien sûr nous connaissons tous l’expression « avoir bon pied bon œil » mais peut être ne nous sommes nous pas attardés sur son sens réel.

Pour nous, humains, qui avons tenu à nous mettre debout entre terre et ciel, le pied et l’œil sont devenus les références de l’horizontalité, la colonne vertébrale assurant notre verticalité.

En médecine Ayurvédique l’œil est l’organe de perception, le pied est l’organe d’action qui lui correspond. Le pied et l’ensemble du corps vont tout faire pour se mettre au service du regard. Toutes les structures sont capables de se déformer, s’écrasant ou se tordant pour assurer absolument l’horizontalité de la ligne binoculaire. La bipédie a-t-elle entraîné le développent du cerveau ou est ce le contraire ? Le gros orteil chez l’homme est parallèle aux autres doigts et il est un organe d’équilibre et de propulsion. Chez le singe il est un organe de préhension. Le pied humain se caractérise par la présence d’une voûte plantaire.

Le pied, sur le sol, est dans la zone d’où partent et où aboutissent toutes les forces. D’un pied bien placé, naît un ensemble corporel harmonieux et élancé, quelle que soit la posture. D’une posture harmonieuse, bien axée, naît un pied non contraint, tonique et élastique.

Nous allons revoir les structures précises qui permettent d’améliorer toujours notre travail. Le pied est une merveille architecturale pleine d’astuces, tout en finesse et en solidité.

 

 

LE PIED

Le pied est un organe SENSITIF

Le pied est un organe de SUPPORT

Le pied est un organe de MOUVEMENT

 

  • Le pied est un organe sensitif :

Il est à la fois un exocapteur, il nous renseigne sur la nature du terrain sur lequel nous nous tenons. Il est aussi un endocapteur, organe de la proprioception et nous renseigne sur notre position dans l’espace. Son aire sensitive au niveau du cerveau est presque aussi importante que celle de la main.

Les capteurs sensitifs sont très nombreux. Au niveau de la peau ils enregistrent la température, les pressions. Au niveau des ligaments ils enregistrent l’état de tension. Au niveau des muscles, ils mesurent la tonicité et la contraction. Toutes ces informations sont transmises au niveau du cerveau, elles sont intégrées à d’autres informations qui gèrent la posture, informations émanant des yeux, du cervelet et des organes de l’équilibre de l’oreille interne en particulier.

  • Le pied est un « organe » de support :

Pour supporter notre poids sans s’affaisser, le pied possède une armature solide faite d’os et de tendons.

+une voûte à géométrie variable :

/ Les os sont agencés de manière à former une sorte de voûte unique dans le monde animal. Vue de profil, la voûte présente un pilier postérieur formé par le calcanéum, relevé dans sa partie antérieure. L’os naviculaire ou scaphoïde tarsien, sert de clef de voûte. Le pilier antérieur est constitué par le premier cunéiforme et le premier métatarsien. Le pied normal n’est donc pas plat, il repose en arrière sur le talon, en avant sur l’avant pied, sur son bord externe en dehors.

La voûte n’apparaît que sur le bord interne du pied. Elle peut être très solide, mais il lui faut être aussi mobile et élastique

/ A ce système de voûte longitudinal s’ajoute un système d’arches transversales qui consolident et affinent le travail de la structure. L’arche antérieure est formée par les têtes des métatarsiens, dont les points d’appui sont le premier et le cinquième métatarsien. Les arches situées au milieu du pied et en arrière du pied soutiennent la voûte là où elle est la plus haute. Des ligaments unissent les os les uns aux autres en formant des articulations solides. La voûte est déformable lors des mouvements mais ne devrait en aucun cas s’effondrer.

Les articulations situées sous l’astragale et la partie moyenne du pied permettent ce fonctionnement. L’articulation de la cheville et celle située entre le pied et les orteils permettent les mouvements de propulsion. Un ligament plus superficiel est tendu entre le talon et l’avant pied, c’est l’aponévrose plantaire. Elle sous tend la voûte comme la corde d’un arc.

+ Un train d’atterrissage sophistiqué :

Au niveau des points d’appui le pied est rembourré. La peau s’épaissit. La graisse sous cutanée est sous pression dans des logettes en nid d’abeille. C’est la sole plantaire. Cet effet d’amortisseur s’ajoute au système élastique autorisé par la voûte. Les chocs de la marche sont ainsi évités.

On parle aussi d’un pied de réception, côté externe. Cet ensemble fait suite au calcanéum, alors que le pied de propulsion, interne, fait suite à l’astragale.

   

 

  • Le pied est un « organe » en mouvement:

De par sa construction, le pied tient passivement sans aucun muscle. Par contre dans sa fonction locomotrice, de nombreux muscles entrent en action.

Les principaux mouvements du pied sont la pronation et la supination  d’une part, l’adduction et l’abduction d’autre part. Les principaux mouvements de propulsion sont la flexion et l’extension.

Tous les mouvements s’associent entre eux pour gérer la complexité du fonctionnement articulaire. Pour s’adapter au terrain ou aux postures que nous lui demandons, le pied est amené à se poser parfois dans des positions transitoires difficiles. Ce sont elles qui peuvent provoquer des étirements ligamentaires à la longue, facilitant ainsi l’apparition des entorses sur les ligaments externes principalement ou de tendinites handicapantes à long terme. Les fléchisseurs plantaires dominent par rapport aux fléchisseurs dorsaux. Les muscles de l’inversion dominent par rapport aux muscles de l’éversion

L’inversion amène l’axe du pied à regarder vers l’intérieur (in). Elle associe des mouvements divers : adduction. (ad : aller vers, vers l’axe du milieu du corps.),supination (comme soulever avec la main, appui sur le bord externe) et flexion plantaire. (vers la plante du pied, pointe étirée.) C ‘est une posture en étirement, gare au forçage, et à l’entorse du ligament externe si vous forcez mais une pratique régulière et attentive vous mettra à l ‘abri de tout inconvénient, il faut habituer progressivement les ligaments à s ‘étirer.

L’éversion amène l’axe du pied à regarder vers l’extérieur (ex). Elle associe :  abduction.(ab, ab-sence. S’éloigner du milieu du corps.), pronation. ( comme prendre avec la main, comme si on prenait quelque  chose avec le pied.) et flexion dorsale. (vers le dos du pied, pied en porte manteau.). C’est plutôt une posture en compactage, gare aux ligaments internes. La aussi la régularité et la progressivité sont de mise et permettent d ‘aller très loin sans encombre.

Il est donc très utile dans les postures de prendre soin de travailler sur un pied équilibré. Quand il existe un déséquilibre, on dit que le pied est causatif ou adaptatif. Il est causatif si la cause du déséquilibre siège dans le pied lui même, les forces montantes ne seront pas harmonieuses. Il est adaptatif si la cause du déséquilibre vient de plus haut, que ce soit au niveau du tronc ou du membre inférieur, dans ce cas les forces descendantes ne seront pas harmonieuses non plus et la résultante va produire une asymétrie entre les deux pieds.

+ La musculature du pied :

En fait il existe des muscles extrinsèques du pied qui s’attachent sur des os en dehors du pied, et des muscles intrinsèques qui ne s’attachent que sur des os du pied.

/ Les muscles extrinsèques :

 « L’ensemble des muscles de la jambe, muscles longs, aux insertions réparties sur la plus grande partie de la surface du tibia et du péroné et même sur les condyles fémoraux pour les jumeaux, ont leurs insertions inférieures sur les différents os du pied. On ne peut donc séparer anatomiquement la jambe du pied. Tous les muscles de la jambe sont moteurs du pied. Or, il n’y a pas d’insertion musculaire à la cheville, ni à l’astragale ni aux malléoles. Ce sont pourtant les tendons qui font la force de la cheville, longs tendons qui comme des câbles, étayent tout le pourtour du cou-de-pied. Ils sont maintenus appliqués, par un tissu ligamentaire large et plat, mais résistant, contre le tibia et le péroné dans leur trajet vertical, et contre le tarse dans leur trajet réfléchi. Ainsi la cheville est complètement libre dans ses mouvements mais dépendante des déplacements des os du pied

On classe les muscles en quatre groupes :

  • Les extenseurs sur la face antérieure de la cheville et le versant dorsal du pied qu ‘ils relèvent.
  • Les fléchisseurs, sur la face postérieure de la cheville et le versant plantaire du pied qu’ils abaissent.
  • Les supinateurs qui portent la plante du pied en dedans.
  • Les pronateurs qui portent la plante en dehors.

La souplesse et la force de la cheville sont fonction de l’élasticité et de la force des muscles de la jambe.

/ Les muscles intrinsèques :

Les muscles propres du pied n’ont pas d’action sur la cheville, mais ils secondent et prolongent l’action des muscles de la jambe.

Au niveau du dos du pied, en plus des tendons superficiels des muscles provenant de la jambe, existent les muscles, court extenseur des orteils ou muscle pédieux et court extenseur du gros orteil.

Au niveau de la plante du pied, il existe trois groupes de muscles : ceux qui sont situés au niveau du gros orteil, groupe musculaire interne. Ceux qui sont situés au niveau du petit orteil, groupe musculaire externe. Ceux qui sont situés dans la partie intermédiaire, groupe musculaire moyen.

Ces muscles forment plusieurs couches épaisses, séparées et maintenues par les aponévroses. Elles sont comme le remplissage d’une voûte. Les insertions des muscles sur les différents os du pied prolongent les actions des muscles de la jambe. La traction des muscles de la jambe se transmet aux muscles plantaires, et réciproquement, les mouvements de la plante provoquent des actions musculaires de la jambe.

LA CHEVILLE

Ne dit on pas fréquemment en parlant de quelqu’un qui a un problème qui sans cesse se répète au cours de sa vie « c’est son tendon d’Achille ! » c’est à dire, son point de faiblesse. La mythologie nous apprend qu’Achille avait été trempé dans un bain qui le rendait invulnérable. Malheureusement, pour le tremper il fallait bien le tenir ! Il était tenu par le talon et cette partie de son corps n’avait pu bénéficier du contact avec cette potion magique et donc cette partie de son corps était restée vulnérable.

Nous pressentons ici que cette région de la cheville est fondamentale. Elle assure le passage entre la dimension horizontale et la dimension verticale, le lien entre l’immobilité et la mobilité.

Deux images nous facilitent et résument la compréhension de ce système  : celle de la pince et celle de la poulie.

– La pince : L’accrochage du pied sur le reste du corps se fait au moyen d’une pince solide. Les 2 côtés de la pince sont assurés par les malléoles, interne (tibia) et externe (péroné). La solidité de la prise est telle que l’image classique pour cette articulation est aussi celle d’un tenon et d’une mortaise. La mortaise est formée par le tibia et le péroné, elle a une forme de cylindre creux. Il ne se fait aucun mouvement entre les 2 os. Le tenon est formé par l’astragale.


– La poulie : on parle de la poulie astragalienne en forme de cylindre plein. Cette surface est très grande et permet des mouvements vers l’arrière dans la flexion dorsale ( de 20 à 25 °) le col de l’astragale butte ensuite sur le tibia, et des mouvements vers l’avant en flexion plantaire, extension du pied sur la jambe ( 30 à 50 °) l’astragale butte alors contre la partie postérieure du tibia. La poulie est plus étroite en arrière qu’en avant. Etant donné l’emboîtement de cette articulation les mouvements se font dans le sens de la flexion et de l’extension. Les mouvements de bascule latérale, dans l’articulation, ne sont pas possibles sur un pied bien posé. Etant donnée la forme de cette poulie, nous voyons que la nature a privilégié la stabilité dans la flexion dorsale, c’est à dire pied à plat. Cette stabilité physiologique est un phénomène passif, osseux et ligamentaire, sans action musculaire à ce niveau, ce qui participe au moindre coût énergétique de la station debout immobile. Par contre dans l’extension plantaire, quand nous montons sur la pointe des pieds, c’est la partie étroite de la poulie qui se trouve dans cette pince qui soudain paraît trop large et ceci entraîne une sensation de déséquilibre. Erreur de la Nature ? bien sûr que non, cette petite latitude permet dans la mobilité d’amortir l’impact des mouvements dans la cheville et donc d’éviter tout forçage de la structure. L’équilibre ici n’est pas « donné » il dépend du travail ligamentaire et surtout de l’éducation des muscles stabilisateurs de la cheville. Une faible amplitude de la flexion plantaire de la cheville oblige à une forte cambrure du pied dans certaines postures. Celle ci est variable d’un individu à l’autre.

Il existe une certaine analogie de structure entre le pied et la colonne vertébrale. Tous ces éléments juxtaposés permettent un jeu fluide de courbures qui se font et se défont au gré des mouvements. La dimension verticale et horizontale sont ainsi en dialogue constant.

Après avoir observé toutes ces données anatomiques, quelles pistes pouvons nous trouver directement pour notre travail ? Elles sont nombreuses.

  • En posture debout :

Nous pouvons prendre conscience des 3 points d’appui principaux du pied et de l’existence de la voûte plantaire au niveau de l’arche interne.

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En appui, la supination creuse la voûte et rigidifie le pied. La pronation affaisse la voûte et déverrouille le pied. Ces mouvements se répercutent aussi au niveau de la jambe et de proche en proche dans tout le corps, ce qui fait que sur un pied tonique, le genou et la hanche se déplient, le bassin se verticalise, la colonne vertébrale s’élance dans l’aisance, le port de tête se redresse et le regard balaye l’horizon.

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Au contraire sur un pied affaissé, les genoux regardent en dedans et fléchissent, le plis de l’aîsne se ferme, le bassin se place en antéversion, la colonne lombaire ne se redresse qu’au prix d’une cambrure importante. Il s’en suit une accentuation des courbures, la colonne dorsale s’arrondit, la tête s’abaisse et le regard aussi.

  • Si nous entrons dans le jeu du pied sensitif nous découvrons d’autres particularités du pied et leurs bénéfices :

Debout sur les 2 pieds, nous pouvons faire un travail de sensibilisation des axes, haut-bas, avant-arrière, droit-gauche. Bien sûr ceci ne peut avoir lieu que dans une écoute méticuleuse, et dans la lenteur qui va agir comme un démultiplicateur de la distance, phénomène espace-temps que nous connaissons bien. Nous observons des oscillations du corps, comme si nous étions suspendus par les pieds, et nous le sommes en réalité du fait de l’attraction terrestre. Ce travail affine nos capacités proprioceptives. Ceci est encore renforcé dans le travail d’équilibre sur un pied, en particulier si voulant aller plus loin dans la perception des phénomènes, nous nous exerçons les yeux fermés, respirant calmement, nous centrant dans le bas du ventre. Nous rentrons ainsi en contact direct avec le jeu très subtil de tous les petits muscles adaptatifs du pied. C’est une excellente occasion de les faire travailler, de les sentir, de les apprivoiser et de nous approprier un équilibre solide qui existe en chacun de nous.

Dans cette attitude d’écoute nous pouvons également pratiquer l’exercice suivant : étant positionnés debout, équilibrés sur nos deux plantes de pied ,nous fermons les yeux . Puis nous « fermons » le pli entre les orteils et l ‘avant pied. Pour ce faire nous rapprochons la pulpe de la phalange distale vers l ‘avant pied comme si nous voulions prendre quelque chose sur le sol. Il s’ensuit toute une série d’adaptation dans les chaînes musculaires que nous nous appliquons à observer : verticalisation du bassin et redressement du tronc et de la tête. La posture de Samasthiti s’installe d’elle même.

3-Réappropriation de la marche consciente :

Plusieurs éléments se présentent. Notre stature est conçue de telle façon que nous avons un léger déséquilibre avant. Ceci fait que dés que nous commençons à «  aller de l’avant », nous engageons une force que nous récupérons à chaque pas sur notre pied élastique et dynamique. Nous vivons en atténué ce que vivent les kangourous qui ont dans leur tendon d’Achille situé dans la partie verticale de leur patte, une sorte de ressort qui emmagasine et restitue à chaque bond l’impulsion du premier bond. C’est pour cette raison qu’il est aisé et bienfaisant de marcher à son propre rythme, mais qu’il est très fatigant de vouloir s’adapter au rythme de quelqu’un qui va trop vite ou trop lentement pour nous.

  • Autre élément de la marche, le déroulement du pas.

Beaucoup de disciplines utilisent l’exercice de la marche lente comme moyen de concentration. Au niveau de chaque pied le déroulement se fait en trois phases.

+Attaque du sol par le talon, c’est la phase taligrade.

+Puis le pied repose en entier sur le sol, c’est la phase plantigrade.

+ Ensuite le soulèvement du talon marque le début de la phase propulsive, c’est la phase digitigrade. Enfin les orteils se décollent. Le pied quitte le sol par l’extrémité du gros orteil.

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Dans le même temps le pied bascule sur son axe. Au moment de l’attaque du talon il est en appui prépondérant sur son bord externe puis il passe par une phase d’équilibre entre les deux bords et termine le pas au moment de la phase propulsive en appui interne dominant au niveau de la tête du premier métatarsien puis du gros orteil. L’apprentissage, la mémorisation, la personnalité de chacun, permettent au cerveau de diriger nos pas. Il ne s’agit pas d’une simple activité réflexe, mais d’un ensemble de paris et d’anticipations. Si d’acteur, nous sommes aussi capables de devenir spectateur, nous ne sommes pas au bout de nos surprises, notre démarche pouvant servir de révélateur.

On peut aussi se concentrer sur le jeu de la coordination motrice, au niveau du genou, de la hanche et des bras. On peut prendre conscience du cycle de la marche( 2 pas). On peut pratiquer l’écoute respiratoire, cardiovasculaire et mentale.

4-Prise de conscience du fonctionnement du pied dans quelques postures :

Prenons l’exemple de Virabhadrasana I, posture du héros :

Dessin de la posture

Bien sûr, nous sommes bien conscients du fait qu’il ne faut pas soulever le talon du pied antérieur et du fait qu’il faille garder les 3 articulations, cheville, genou, hanche, dans un même plan. Faisons-nous par contre suffisamment attention à ce qui se passe dans la jambe arrière ? Ce membre inférieur se trouve en extension, le pied ouvert environ à 45°. Quand un membre cherche son axe il le fait par des ajustements en torsion au niveau des différents secteurs(pied, jambe, cuisse ) D’un bon placement du pied va naître toute une possibilité d’ajustements des muscles sur toute la hauteur du membre. Comme dans la marche le trajet de l’onde de force, de la partie externe du talon à la partie interne de l’avant pied (tête du premier métatarsien) et en même temps on suit dans tout le membre le mouvement qui part du talon enfoncé dans le sol, cheville fléchie par la contraction du muscle tibial antérieur, à l’étage du dessus on assiste à la contraction du grand adducteur, synergique du grand fessier et , encore plus haut, à la contraction du grand fessier principal extenseur de hanche. Ce muscle a comme seconde action la rotation externe. Pour continuer à étirer ce membre postérieur on contracte le quadriceps qui est extenseur du genou et les abducteurs et le moyen fessier qui ont une action en rotation interne qui contre balance donc l’action du grand fessier. Alors les forces ramènent le bassin dans l ‘axe, favorisant le déploiement du tronc dans virabhadra I Ce type d’action se retrouve dans de nombreuses postures asymétriques debout comme par exemple les triangles.

5-Préparation aux fentes :

La difficulté d’étendre totalement le pied dans des postures d’extension de la jambe rend compte d’un manque d’élasticité dans le fonctionnement de certains muscles. Parfois l’avant pied ne peut se poser au sol et nécessite la présence d’une petite cale pour travailler progressivement en appui le jeu articulaire de la cheville. Le travail avec les contractions rythmiques et l’écoute des réactions musculaires est très utile dans ce cas. Parfois l’arche interne ou l’arche externe se posent de façon prioritaire. Tout se passe comme si la ligne interne ou la ligne externe de la jambe était trop « serrée ». Il est également possible de prendre le problème en sens inverse, de le supposer résolu, et de travailler pied à plat, genou plié, en étirant progressivement la jambe.

En fait, de la bonne position du talon dépend la bonne courbure des arches interne et externe du pied et donc la stabilité du pied. Le calcanéum transmet à l’avant pied les pressions reçues par l’arrière pied au moyen des voûtes. Dans l’appui les courbures ont tendance à s’évaser et les points d’appui à s’écarter. Dans l’élévation du pied c’est le contraire. Le pied se déforme et se reforme pour remplir ses fonctions de support et de propulsion.

6- Dans la posture du diamant, Vajrasana :

Nous avons une certaine facilité à ne pas savoir exactement comment sont placés nos pieds quand ils sont derrière notre dos….

Finalement ce qui sauve nos chevilles au début de notre pratique, c’est qu’il n’est pas très confortable d’être assis de tout notre poids sur nos chevilles étirées et donc nous n’y restons pas longtemps. Sinon gare ! Il s’ensuit un étirement prépondérant des ligaments latéraux externes et ce sont eux qui lorsqu’ils sont trop laxes, donnent le plus d’entorse de cheville. Il est bien meilleur de garder les pieds parallèles et de les amadouer progressivement. Ceci donne un travail équilibré interne et externe dans la jambe et dans tout le membre inférieur et c’est une des meilleures façons de rééduquer sa voûte plantaire. Ce premier pas étant franchi, nous pouvons même pratiquer des contraction rythmées de l’avant pied, visant à soulever les orteils pour rendre plus efficients tous les petits muscles régulateurs situés à ce niveau. Nous sentons bien en le pratiquant que combien cet exercice nous parle.

Dans un second temps la posture en assise dans le vajrasana classique peut être longuement abordée. Elle permet en mettant bien le pied en rotation interne dans le prolongement de la jambe, d’étirer progressivement la partie externe de la cheville. Ceci a une grande incidence sur la hanche (rotation externe en particulier) et va ouvrir un grand volet de facilité dans les postures assises jambes croisées ou en abduction comme dans badhakonasana. Peu à peu on s’assoit entre les talons et les muscles péroniers latéraux entre la cheville externe et le genou retrouvent un étirement et des possibilités de contractions efficaces.

7- Dans les postures assises :

A la lueur de ce que nous avons pu observer sur l’anatomie de la cheville qui est le lieu de passage et de réflexion de véritables « câbles », tendons de muscles puissants de la jambe, nous comprenons qu’il ne faut en aucun cas tirer sur une cheville non préparée, sous peine de voir apparaître des douleurs persistantes. Tout ce qui se passe dans le pied se passe dans la hanche et tout ce qui se passe dans la hanche se passe dans le pied. Une hanche qui a un défaut de rotation externe va forcer sur un pied coincé sur le plan dur du sol ou de la cuisse et les tendons passant au niveau de la cheville vont être « forcés ».

8- Dans les postures inversées :

Sarvangasana, Sirsasana : Un pied dynamique, bien axé permettra dans la posture d’étirer la jambe dont les masses musculaires se terminent sur des tendons placés autour de la cheville, eux-mêmes s’attachant sur les os du pied. Sur une jambe bien placée, le bassin ne cherche qu’à s’aligner. Bien loin de demander un surcroît d’effort comme cela semble toujours au début de la pratique, nous nous rendons rapidement compte que nous sommes « soulevés », « aspirés » vers le haut par nos jambes.

9- Dans Utkatasana  et la posture accroupie.

Nous rencontrons là des éléments qui permettent d’assouplir et de renforcer les chevilles. La contraction du muscle tibial antérieur (déclenchée en faisant comme si on voulait lever les doigts de pied) facilite la flexion de la cheville. Le travail avec un bloc sous les talons permet d’étirer progressivement les muscles du mollet. Ensuite on pourra enlever le petit bloc et accentuer ainsi l ‘étirement et même encore plus tard mettre le petit bloc sous l’avant pied. Le travail en appui sur les orteils rentrés, plantes de pied verticalisées, met en action les structures myo-fasciales de la plante du pied et facilite grandement l’approche de la posture accroupie. Patiemment nous pouvons explorer l’écartement progressif des pieds peu à peu jusqu’à la largeur des hanches puis au delà. En prenant soin de revenir ensuite progressivement vers la posture de départ, on balaye ainsi toutes les possibilités des groupes musculaires et des fascias dans ce schéma et le talon finira par descendre au sol.

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10-Travail des orteils :

Notre posture debout s’accompagne, par constitution , d’un léger déséquilibre antérieur. De ce fait au niveau de l’avant pied les pressions sont assez fortes. Le pilier antérieur des voûtes est aidé dans son travail de contre poussée par l’arche formée par les orteils. De la vitalité de ce pli entre le pied et les orteils naît une aisance dans la vie quotidienne autant que dans les postures.

Les orteils doivent rester axés, détendus sans « griffes ». Ils doivent pouvoir se relever et se plier aisément et se mettre en éventail dans la chaussure.

Nous pouvons marcher pieds nus, les masser, rouler sous nos pieds des bâtons ronds, des balles de toute texture et de toute taille, des billes…des appareils destinés à cet effet.

Nous pouvons travailler assis sur les orteils rentrés ou orteils sortis avec différents stades d’étirement. Nous pouvons aussi relever les orteils dans la posture du diamant.

Il est intéressant de travailler un pied comme une main et d’essayer de saisir toute sorte d’objets, crayon, balle, tissus.

L’exercice d’écartement et de rapprochement des orteils stimule tous les régulateurs de tension du pied, muscles interosseux plantaires et dorsaux, muscles lombricaux, d’où son effet anti-crampe.

Des questions surgissent souvent au sujet de l’hallux valgus. Cette déformation peut gêner la marche et être douloureuse. Les causes sont multiples, forme du pied, hyperlaxité ligamentaire, chaussures trop serrées. Le gros orteil semble s’incliner vers les autres doigts alors que le premier métatarsien semble s’éloigner au contraire des autres. La tête de ce métatarsien bombe sur le bord interne du pied, cette « boule » peut être plus ou moins inflammatoire et /ou douloureuse. S’occuper activement de son pied ( voir exercices , plus loin) peut être une solution pour soulager ce trouble.

11-Clin d’œil à nos amis à 4 pattes :

Que ce soit chez le chien, le cheval ou les autres, ce que nous prenons pour le genou est en réalité le talon !

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Pour vivre l’expérience quels sont nos outils ?

Le ressenti, l’apparition de douleurs injustifiées et de crampes qui disparaitront par le seul fait de vouloir mettre les doigts de pied en éventail.

La vue : le pied nous semble t-il bien positionné par rapport à l’ensemble de la jambe. Existe t-il des changements de coloration de la peau dus à des hyper pressions.

La connaissance intellectuelle de la structure, que ce soit par l’étude ou par l’imprégnation par la contemplation de schémas.

Le ressenti dans le bassin et la colonne vertébrale.

L’état dans lequel nous plonge le travail.

Finalement, il s’agit simplement de promener notre centre de gravité sur un curseur horizontal qui est notre pied. Ce n’est pas par hasard qu’en acupuncture il existe sous le pied un point dénommé «  point source. »

De l’aplomb du pied dépend tout l’élan de la structure, c’est à dire la position des jambes et aussi celle du bassin et du thorax.

Souhaitons que ces quelques réflexions nous aident à « retomber sur nos pieds » avec douceur et fermeté ou même mieux, à savoir « sur quel(s) pied(s) danser » la vie.

A suivre….

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